Prospective sur les transports à Lille en 2030 : épisode 5

Publié le 3 novembre 2014

Comment se déplacera-t-on en 2030 ? Certains se sont déjà pliés à cet exercice de prospective pas très facile à réaliser, mais nous vous proposons ici de faire le focus sur notre agglomération lilloise. Imaginez l’espace d’un instant que nous sommes en 2030, et que nous ayons à décrire comment on se déplace. Ceci n’est à ce stade qu’une fiction, qui s’avèrera peut-être totalement fausse (ou pas), mais cet exercice permet au moins à chacun de s’interroger sur la mobilité dont il veut pour dans 15 ans, et celle dont il ne veut pas, tout cela en laissant à chacun son libre arbitre. Si vous êtes prêts, alors c’est parti pour le 5ème et dernier épisode de notre voyage dans le futur. Vos réactions sont évidemment les bienvenues sur notre forum car la mobilité de demain, c’est ensemble que nous devons la construire.

Episode 5 : le mur

La politique de l’autruche et le manque de courage des gouvernements successifs se sont avérés être catastrophiques pour la population. En un demi siècle (1950­-2000), notre société a été complètement bouleversée par l’explosion de la possession et de l’usage de la voiture individuelle. Marque de modernité, de confort et d’esprit pratique, elle a réussi à nous faire oublier que pendant des siècles il a été possible de s’en passer... Et le retour en arrière a paru impossible à la majorité de la population, qui a poussé pour que l’on tienne jusqu’au bout et coûte que coûte ce système dont on sait pourtant aujourd’hui qu’il n’est pas viable...

Des éléments auraient pourtant permis d’espérer une inflexion, comme le retour en grâce du tramway dans les années 90 ou du vélo dans les années 2000, mais le mirage de la voiture électrique et la crise économique ont étouffé dans l’oeuf ces changements de modèle. Cela s’est notamment vu en France dès le début des années 2010 avec l’abandon d’une « écotaxe » qui visait à faire payer les poids­-lourds pour l’utilisation du réseau routier national « gratuit » ou le retournement de politique dans de nombreuses villes concernant la place accordée à l’automobile en centre-­ville, qui avait connu de timides attaques par endroit (piétonnisation, zones de circulation apaisée, etc.).

L’abandon de l’écotaxe a entraîné la suspension puis l’annulation de nombreux projets de transports collectifs et n’a pas lancé la grande inflexion dans le report modal du transport de marchandise qui aurait pu sauver notre économie.

Le retour en ville de l’automobile avait pour but louable de sauver les petits commerces de centre­-ville, mais la méthode n’était pas la bonne : même avec un stationnement abondant et gratuit, les automobilistes ont continué à préférer les centres commerciaux de périphérie, plus pratiques d’accès et pas si désagréables puisque là­-bas, au moins, on peut flâner d’une boutique à l’autre sans craindre de se faire renverser par une voiture qui cherche à se garer dans la rue...

Le mirage de la voiture électrique des années 2010 a aussi été rapidement douché : les ventes n’ont jamais décollé et les subventions accordées par les pouvoirs publics, que ce soit pour l’achat ou l’installation de bornes de rechargement, ont grévé les budgets durablement. Les Français n’ont pas suivi en modifiant véritablement leurs pratiques, seule une petite proportion de personnes roulant en voiture électrique.

Le dernier choc pétrolier a eu lieu le 19 avril 2027, tout le monde se souvient aujourd’hui encore de cette date et se rappelle de ce qu’il faisait lorsqu’il a appris la nouvelle. Dans une déclaration retransmise sur internet, le Président américain a annoncé stopper immédiatement la commercialisation aux particuliers d’essence, de fioul et de diesel, les réserves en gaz de schiste des États-Unis atteignant un niveau plus que critique (18 mois de consommation en maintenant la production au niveau de 2026). Une heure après, le porte-parole de l’OPEP annonçait à son tour l’arrêt de la commercialisation du pétrole et de tous ses dérivés pour les même raisons (3 ans de réserve suivant les mêmes hypothèses). Les dernières gouttes de pétrole ont été réservées pour des besoins vraiment importants (véhicules de secours, médicaments, militaires). Les conséquences ont été désastreuses : en moins de 15 jours, le prix de l’immobilier dans les zones périurbaines non desservies par les transports collectifs ou accessibles en vélo a été divisé par quatre (- 75%) et les prix en ville dense multipliés par trois (+200%). Afin de stopper l‘escalade, l’État a dû réguler le marché immobilier par un prix fixe au m2 en fonction de la taille et de la localisation du logement. Les loyers sont également bloqués depuis cette date. La construction de nouveaux logements est rendue très complexe par le manque de pétrole, nécessaire pour faire fonctionner les engins de chantier, apporter les matières premières, etc. De nombreuses émeutes ont eu lieu lorsque la pénurie de nourriture est apparue dans les supermarchés. Les morts se sont comptés par milliers sur tout le territoire...

Les zones résidentielles périurbaines sont aujourd’hui des déserts avec quasiment plus aucun habitant. Une grande partie de la population a été déplacée vers les zones urbaines dans une grande promiscuité. L’activité économique de la plupart des pays est complètement paralysée par l’impossibilité de transporter des marchandises par camion.

Le PIB de la plupart des pays du monde est retombé au niveau de l’après­guerre, la population mondiale a connu une brusque baisse importante dans ce que l’on appelait encore les pays développés il y a seulement quelques années suite aux difficultés à prodiguer les soins vitaux dans certaines régions. La société commence à se réorganiser tant bien que mal et après 3 ans de grande dépression (la crise de 1929 était une douceur à côté), un nouveau système basé sur les énergies renouvelables est en train de voir le jour.


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